1ère partie:
Qu'est-ce qui t'émeut tant dans la musique vintage ?
C'est très vrai. Il y a du cran, du c½ur et de l'émotion. Quand j'étais une petite fille, c'est ma grand-mère et ma mère qui m'ont initiée. Nous avions l'habitude d'aller écouter de vieux disques dans un magasin à Pittsburgh. Dès que j'avais un vieux disque, je montais dans ma chambre, le mettais, j'apprenais toutes les paroles comme ça, redescendais et disais : « Grand-mère, je l'ai apprise », et j'interprétais la chanson dans la salle à manger. Je pense que je ressentais la douleur qu'il y a dans cette musique. Même si je n'avais que 6 ou 7 ans, j'avais déjà connu beaucoup de peine à cause des abus et en étant témoin de tout le chaos qui régnait à la maison. Donc cette musique m'a apporté quelque chose, que j'ai toujours gardé.
Te souviens tu particulièrement de quelques chansons que tu avais l'habitude de chanter ?
“The thrill is gone” de B.B.King était une de mes préférées. Il y avait des plus modernes comme « Old time rock'n'roll » de Bob Seger et j'ai aussi chanté « I wanna dance with somebody » de Whitney Houston à ma première télé.
De quoi es-tu partie pour créer « Back To Basics » ?
J'ai fais une compil de la musique dont j'étais inspiré. Je l'ai nommé « le package du producteur » et j'ai écris une lettre qui disait, « Ces chansons m'inspirent. S'il vous plait écoutez-les, prenez-les comme référence, utilisez quelques échantillons, expérimentez et entrez dans ce monde avec moi. » Beaucoup de gens n'ont pas compris, mais ce qui l'ont fait sont les personnes principales sur les deux disques. En fait j'étais surprise que Linda (Perry) l'ait aussi bien capté. Elle s'est vraiment impliquée et était à l'écoute de la moindre chose que j'avais à dire.
Linda a dit que vous aviez eu seulement un désaccord sur le disque. De quoi s'agissait-il ?
Oh, rien. Ce n'était même pas une vraie dispute. Parfois on est fatigué lorsqu'on arrive au studio et en tant que filles, on se rentre un peu dedans, mais c'est ce qui arrive aux vrais amis et c'est ce qui ce passe quand on met deux grands créateurs ensemble. Ils sont capables de baisser leur garde et ce qui sort à ce moment là sort. Nous sommes vraiment des gens passionnés. Mettez-nous ensemble dans une pièce et nous passons d'un esprit à un autre.
Penses-tu que le fait que Linda soit lesbienne soit en rapport avec votre relation (entente) ?
Ce serait inexact de dire que ça n'a rien à voir avec le fait d'être catalogué ou stéréotypé, mais je pense qu'elle a vécu des expériences difficiles, comme moi. Nous nous comprenons.
En 2003, tu as été honoré par GLAAD pour la vidéo de « Beautiful », qui comportait des images d'un couple d'homosexuels qui s'embrassaient sur un banc publique et d'un homme qui se transforme en femme. D'où vient le concept de cette vidéo ?
Les paroles parlent des qualités que l'on peut avoir mais par rapport auxquelles les autres peuvent s'opposer ou se moquer. Beaucoup de personnes homosexuelles m'écrivent et me disent que le fait que je reste honnête envers moi-même et que je l'exprime dans mes chansons les inspire. C'est presque un hommage que je leur rend en leur disant que la confusion qu'ils peuvent ressentir parce qu'ils se sentent rejetés est OK. (acceptable)
La part de toi qui s'identifie aux personnes marginalisées semble venir du plus profond de toi.
Absolument. En grandissant, je me suis toujours sentie à part. Le fait de vouloir chanter me mettait beaucoup de côté. Les autres enfants n'étaient pas très gentils avec moi lorsque mon nom apparaissait dans la presse où lorsque j'ai participé à Star Search à l'âge de 7 ans. Ma mère recevait des menaces. J'étais menacé et I got the cold shoulder a lot merely à cause de ce que j'aimais faire et de qui j'étais. Donc je m'identifie complètement à quelqu'un qui pense qu'il doit cacher tout de lui afin de plaire à quelqu'un d'autre. J'ai su dès mon plus jeune âge que je n'allais jamais faire ça. Même si parfois je me sens impuissante, je serai toujours courageuse et me battrai toujours pour ce dont je crois. Cette conduite m'a été inculquée très jeune.
Il y a une chanson qui s'appelle « Oh Mother » sur ton nouvel album, qui traite des abus qu'il y avait chez toi étant enfant et les sentiments que ta mère ressentait. Que pense-t-elle de ce titre ?
Je voulais la lui faire écouter en personne, mais mon emploi du temps est tellement chargé que je n'ai pas trouvé le temps, donc je l'ai appelé et je lui ai dit, « Il y a une chanson dans le prochain album... » Lorsqu'elle l'a entendu, elle m'a appelé et m'a dit, « Je ne pensais pas que tu savais ce que je ressentais en affrontant tout ça.» Je respecte beaucoup le fait qu'elle ait été assez forte pour nous sortir de cette situation.
Sa décision de partir fut-elle progressive ou était-ce plus soudain ?
Pendant une période, nous partions pour revenir ensuite sans cesse. Elle le quittait mais il lui disait qu'il allait la traiter comme une poupée chinoise. Il savait comment la séduire, et elle est revenue de nombreuses fois mais finalement elle le quitta, pour de bon. Elle et moi, nous pensons qu'il est important de dire que ce genre d'abus, c'est quelque chose qui reste en vous. On peut guérir et donner un sens à ça après, mais c'est un perpétuel voyage.
Dans « The right man », tu parles du jour de ton mariage et du fait que tu aies choisi de rejoindre l'autel seule, et pas avec ton père ou une autre figure paternelle. Qu'as-tu ressenti à ce moment-là ?
C'était un tournant de ma vie. J'ai vécu ma vie sans vraiment me soucier ou sans vraiment avoir envie d'un père, mais plus le mariage approchait plus les gens commençaient à me demander « Qui te conduiras vers l'autel ? ». Je n'avais pas de réponse et ça m'a rendu triste. D'habitude je pense avoir réponse à tout. C'est fou que je n'aie personne qui représente ça pour moi. Dans l'industrie, j'ai quelques personnes proches de moi, mais à la fin de la journée, je me suis dit « Je suis une femme forte, je peux le faire. Près de l'autel se trouve mon mari. Je vais porter mon regard vers lui. » Lorsque le moment arriva, je ne pensais pas que j'allais ressentir ce que j'ai ressenti. Emotionnellement, c'était accablant. Je tremblais et je me disais que ça aurait été génial d'avoir cet homme, comme un protecteur dans ma vie, un homme qui dirait par exemple « Prends soin de ma petite fille », ça a été douloureux de réaliser que je n'ai jamais eu ça. Je voulais écrire sur ça parce que je me disais, « Combien d'autres femmes ressentent la même chose ? »
Tu as toujours pris soin de toi toute seule. Emotionnellement, était-ce un grand changement pour toi d'avoir maintenant Jordan à tes côtés pour t'aider à prendre soin de toi ?
You totally hit that on the head. J'entretiens ma famille depuis plusieurs années maintenant et j'ai toujours senti que je dirigeais le navire. Je suis le chef de file. Si je laisse tomber, qui prendra ma place ? On dirait qu'on est en thérapie—Qui c'est qui va me bercer maintenant?” [rires]- mais désormais, avec mon mari, je pense réellement que je ne suis plus seule.
T'es-il déjà venu à l'idée que tu serais mariée - et heureuse - à 25 ans ?
Non. Je n'ai jamais été le genre de fille à rêver, « Oh, je veux un mariage tout en blanc, le jardin et le chien. » J'étais extrêmement focalisé sur ma carrière et je ne me suis jamais dérobée, mais Jordan et moi nous nous sommes immédiatement entendus et j'ai su que je ne voulais pas vivre sans lui.
Etant donné que tu es nouvellement mariée, crois-tu en la légalité du mariage homosexuel ?
Oui. Mon entraîneur s'est mariée avec sa petite amie la semaine dernière et nous avons assisté à la cérémonie. C'était beau. J'étais tellement touché par leurs v½ux à toutes les deux, je j'ai pleuré. Certains membres de leur famille qui désapprouvent leur union ont décidé d'être présents. Plus tard, je me suis demandée “Ont-ils saisi? Ont-ils vu l'amour? Je n'ai jamais compris les gens qui pensent qu'être homosexuel est une question de choix. On doit être capable de réprimer ça, mais pourquoi mènerait-on sa vie de la sorte ? ça m'attriste beaucoup. Légal ou non, ça reste une unité de l'amour de deux personnes.
Es-tu déjà tombée amoureuse d'un homosexuel ?
[Rires] C'est une question très intéressante. Maintenant que je suis mariée, j'imagine que je peux dire que je pense que je l'ai été en quelque sorte. Peut-être. Je suis sortie avec quelqu'un qui avait un passé homosexuel. J'avais cette relation tout en sachant.
Ca ne te posait pas de problème ?
Non. Je suis quelqu'un d'ouvert.
Est-ce que ça t'as blessé au final ?
Ça me rendait parano des fois. Par exemple quand tu rentres dans une pièce avec un mec dont tu sais qu'il ressent quelque chose pour les hommes, tu te dis « Est-ce qu'il mate le mec ou la fille à côté ? ». Je ne sais pas où il en est actuellement.
Je penserais qu'il y a un grand nombre d'homosexuels dans ton équipe. Est-ce que tu sors faire la fête avec eux ?
Tout à fait. Tu veux rire ? Si je travaille dur, je m'amuse à fond. Mon meilleur ami, Steeve Sollitto, c'est mon maquilleur, et il était une de mes demoiselles d'honneur à mon mariage. Il a une énergie incroyable, l'esprit le plus honnête et le plus sincère. On a prétendu pendant un temps qu'il était mon petit ami parce qu'on était photographié ensemble tout le temps. Ça nous faisait marrer parce qu'on se disait « Wow, on est comme des frères et s½urs.» On aime sortir et passer du bon temps, et parfois il aime avoir ses « boy time ».
Un autre de tes collaborateurs homosexuels se trouve être le photographe et éalisateur David LaChapelle.
J'adore travailler avec David parce qu'il a un esprit très libre. Fais lui part d'une idée et immédiatement il t'en donne cinq autres dans le même concept mais avec un petit plus. Il pense différemment.
Il a dirigé plusieurs de tes vidéos dont “Dirrty”, que certains ont critiqué pour son trop plein et son audace sexuelle.
La raison pour laquelle je l'ai faite, ce n'est pas pour créer une controverse ni pour susciter la colère, mais j'aime que les gens en parlent. Je pense qu'il y a tellement de règles et régulations et stéréotypes juste pour être qui on est. Il y a tellement de catégories, pour les femmes en particulier. Si tu n'es pas assez sexuelle, tu es une prude. Si tu es trop sexuelle, tu es une traînée. Je ne crois pas que l'on doive juger quelqu'un tant qu'il ne fait aucun mal à personne. Je pense que ce sont les gens qui ont des problèmes avec leur propre sexualité qui essaient d'ennuyer les gens qui sont simplement eux-mêmes.
Comment as-tu entendu parler de sexe ?
On s'est assise et ma mère m'en a parlé ouvertement. Je pense que si l'on en parle aux enfants de manière mature, ils te surprendront. Ma mère a toujours été fantastique.
En parant de sexe, ton imitation de Kim Cattrall de la série « Sex and the city » au « Saturday night live » il y a quelques années a beaucoup impressionné. Est-ce qu'elle t'a dit quelque chose ?
Non, mais quelqu'un a dit qu'elle avait apprécié. Certaines personnes ont dit qu'ils pensaient que ma voix était préenregistrée.
Penses-tu qu'avoir l'oreille musicale te permet d'imiter les gens ?
Oui, je pense. C'est intéressant. Je fais les voix de chiens et tout le monde dit que je devrais doubler des personnages de dessins animés. Je fais Shakira et j'imite bien Cher.
Comme beaucoup de gens qui lisent ce magazine.
[Rires] Je fais le « Do you believe in life after love », mais je ne le fais plus trop.
Comment décrirais-tu la relation que tu entretiens avec ta voix ? La considères-tu comme quelque chose à part ? Un cadeau qu'on t'a offert ?
Elle vient de quelque part – Je ne sais comment décrire ça – ici (elle touche son ventre) dans mon âme. Quand je me connecte à elle, c'est une liberté pour moi. C'est la voix de mon âme et je la sens tellement profondément qu'elle transparaît dans ma musique. J'espère. Ce n'est pas quelque chose qui est poussé ni forcé. Lorsque j'étais enfant, parfois ça m'ennuyait et je me disais « Quand j'ouvre ma bouche et que je chante avec mon coeur, pourquoi est-ce que c'était si fort ? » mais c'est la seule chose que je connaisse, donc c'est très naturel pour moi.
Avec tout ce que peut faire ta voix, est-ce un challenge pour toi de chanter doucement ? Est-ce que tes producteurs te disent, « Moins t'en fais, mieux c'est Christina » ?
[Elle fait un signe de la tête] J'ai mis un point d'honneur à faire ce plus sur ce disque. Sur « Save me from myself », je ne pense pas que l'on m'a déjà entendu chanter si calmement ou si doucement, mais l'émotion que je voulais transmettre était tellement vulnérable, honnête et sincère. C'est la seule chanson qui est littéralement dédiée à mon mari. Je le remercie d'être la seule personne dans ma vie qui puisse me sortir des situations les plus difficiles et qui me fasse prendre conscience de toutes les belles et extraordinaires choses qui m'entourent.